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Peavey Wolfgang

Eddie change de crèmerie

D septembre 1996     H 02:20     A Judge Fredd    


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Avec la Wolfgang, fausse jumelle de la Music Man, Van Halen prouve une fois de plus la sincérité de sa démarche en matière d’endorsement. Peavey, grâce à lui, possède désormais un haut de gamme vivant et généreux.

J’vais pas vous raconter ma vie mais... si, un peu quand même. Alors voilà, je prends possession de la Wolfgang par un Jeudi après-midi caniculaire. Je l’essaye succinctement chez moi et, l’essai s’avérant prometteur, je décide de l’emmener, ayant un concert de prévu avec Studs. Je joue un bon set bien méchant avec et je la range, non sans l’avoir préalablement nettoyée. Le Lundi, je téléphone à l’importateur pour m’enquérir de divers petites choses (prix, finitions etc.). Tout se passe bien jusqu’à la fin de l’entretien où il me dit :"Et prenez-en bien soin car à cause de problèmes de disponibilité, on nous a confié une guitare appartenant à la collection personnelle d’Eddie Van Halen". Argl, gasp et glups ! Autant vous dire que j’ai passé dix bonnes minutes à inspecter fébrilement le moindre recoin de l’instrument à la recherche d’une quelconque rayure. Comme quoi un simple test peut amener son lot de speed et de plaisir aussi ; enfin, pour moi plus que pour la gratte, habituée qu’elle est à d’autrement plus célèbres pognes.

Peavey Wolfgang

Tel père, telle fille

On le sait, il l’avait assez clamé à l’époque, la Music Man Van Halen correspondait en tout point aux voeux du Grand Eddie et ce ne sont que des problèmes liés à la taille de l’entreprise Music Man (évolution des modèles, ruptures de stock) qui ont amené EVH à se tourner vers Peavey, avec qui il avait déjà conçu deux amplis. On ne s’étonnera donc pas que les similitudes entre les deux guitares soient plus nombreuses que les différences. Côté structure, on ne change rien : corps en tilleul, recouvert d’un vernis noir et surmonté d’une table deux parties en érable ondé, ceinte d’un binding. Seule coquetterie nouvelle, la table de la Wolfgang est sculptée. De plus, la forme du corps évolue un peu, avec l’apparition d’une véritable échancrure supérieure, sur laquelle est implanté le sélecteur trois positions. Le manche, vissé en quatre points, dont la jonction avec le corps s’opère à hauteur de la seizième frette, est pratiquement identique à celui de la Music Man, si l’on excepte la touche rapportée : dos rond et minceur dans les premières cases pour faciliter le jeu en accords, polyvalence en milieu de manche, dos plus plat et touche plus large à partir de la dixième case pour les chorus. Ce changement de profil, très progressif, aide la main gauche le plus naturellement du monde. Le réglage du manche, accessible par un décrochement de la touche, juste devant le micro grave, peut se faire sans avoir à détendre les cordes. La crosse tilt-back, très réussie, se termine par une élégante dépression comme si on avait chassé le bois d’un coup de gouge géante. Ses mécaniques, à bain d’huile, se répartissent classiquement (3+3), ce qui lui donne plus d’allure que la disposition 4+2 en vigueur sur la MM. La Wolfgang respire la qualité jusqu’à l’intérieur de ses trois cavités (vibrato, électronique et sélecteur), impeccablement finies et closes par des plaques plastiques parfaitement ajustées.

FICHE TECHNIQUE

  • Type : guitare électrique solid body.
  • Corps : en tilleul avec table sculptée en érable ondé.
  • Manche : érable bird’seye.
  • Touche : rapportée en érable bird’s eye, 22 cases.
  • Diapason : 640 mm.
  • Largeur du manche : 40mm au sillet, 51mm à la 12ème case.
  • Electronique : deux doubles Peavey, volume, tonalité, sélecteur trois positions.
  • Mécaniques : Schaller à bain d’huile et tête plastique façon nacre.
  • Vibrato : Peavey à blocage sous licence Floyd Rose.

Le vibrato à blocage, un Peavey sous licence Floyd Rose, n’est pas flottant, EVH aimant pouvoir appuyer franchement sa paume dessus lorsqu’il étouffe des notes par exemple. En revanche, et justement parce qu’il ne flotte pas, on a pu le doter d’une particularité qui réjouira les amateurs de dropped D : une pièce cylindrique est emmanchée sur la tige de serrage de la corde de Mi grave, et se déplace le long de ladite tige. Le Dtuner se termine par un bec plat qui se loge, entre la base de la molette d’accordage fin et la petite tige ressort plate de soutien : on obtient alors un Mi. Appuyez légèrement sur l’ensemble tige de serrage/Dtuner, poussez ce dernier vers la base du corps et hop ! votre corde grave est accordée en Ré. Le système cumule trois avantages : simplicité, rapidité et efficacité, à tel point que j’ai pu lors d’un morceau en Ré dont le chorus est en Mi, passer du drop à l’accordage standard et de nouveau au drop sans aucun problème. Avec un peu d’habitude cette manip devrait pouvoir se faire sans y penser. Sans être une révolution, le Dtuner de la Wolfgang, n’en reste pas moins un accessoire unique sur une guitare de série. Passons de l’an 2 000 au paléolithique avec le système de fixation du bras de vibrato qui rappellera de mauvais souvenirs aux pionniers du Floyd : il se visse (comme sur le premier Floyd) et nécessite l’emploi d’une clef de serrage si on aime que le bras conserve une position fixe. Ce démontage/remontage se répétant souvent pour cause d’étui (on ne peut laisser le bras vissé lorsqu’on range la guitare), la rondelle plastique d’amortissement, prise en sandwich entre l’écrou et la base du vibrato, ne tarde pas à se détériorer et il faut la changer car le bras prend du jeu. Franchement, il aurait été beaucoup plus simple d’opter pour un système de fixation plus moderne et moins casse-pied. A part ça, no problemo, le vibrato Peavey est doux à manipuler, tientparfaitement l’accord et ne cogne pas contre le corps de l’instrument.

Sobriété, efficacité, félicité

Les micros, deux doubles Peavey développés spécialement pour la Wolfgang, sont vissés directement dans le corps, Big Eddie trouvant cela préférable pour la diffusion du son. On ne pourra donc pas jouer sur leur hauteur par rapport aux cordes à moins de jouer sur la hauteur du vibrato, ce qui laisse peu de marge. Et puisque ça fonctionne très bien comme ça... Ils sont routés via un volume et une tonalité, réglage qui était absent sur la MM. Ils se révèlent tout à la fois précis, moelleux et dotés d’un niveau de sortie conséquent. Cela donne un certain son, typé VH sans compromis, qui, pour résumer, ne conviendra pas à ceux qui aiment les médiums agressifs, mais donnera toute satisfaction aux amateurs de sons larges et creusés. Les deux micros ont le même type de son, compact et dense ; on pourra à la limite leur reprocher un certain manque de versatilité d’autant que le réglage de tonalité ne sert pas à grand-chose. Mais ces deux petits inconvénients découlent sans doute de la forte personnalité du concepteur/destinataire de l’instrument et de son mépris bien connu des réglages de tonalité. Autre spécificité, le sélecteur trois positions est câblé à l’inverse de ce qui se fait habituellement : en haut, micro aigu, en bas, micro grave. On s’y habitue vite, mais pendant deux secondes on se demande si Edouard n’a pas des problèmes auditifs tant on trouve sourd le son du micro aigu (alors qu’on est bien sûr sur le micro grave). La Wolfgang sonne bien, traverse bien le mix, et se montre aussi à l’aise dans les chorus échevelés que dans les rythmiques les plus discrètes.

Tout cela donne une guitare immédiatement conviviale, confortable à jouer malgré son petit gabarit pour peu qu’on évite de la porter sous la ceinture, et efficace en scène. Elle comporte indéniablement de petits plus par rapport à sa devancière Music Man, tant du point de vue technique qu’esthétique. Le fort tempérament d’Eddie Van Halen lui a imprimé sa marque, mais nul n’est besoin d’être un fan transi pour lui trouver du charme. Ses performances ainsi que sa qualité de fabrication et le très bel étui dans lequel elle est livrée, justifient le prix qui en est demandé, même si on regrette que Peavey n’ait pas souhaité le comprimer encore. Si vous n’avez que faire d’un vibrato à blocage et d’une table en érable, sachez que la Wolfgang existe sous cette forme à moins de 10 000 F.


Autres infos
  • Dtuner
  • Esthétique et finition
  • Confort du manche
  • Etui beau et solide
  • Son
  • Système de fixation obsolète du bras de vibrato
  • Prix indicatif : 11 925 F TTC env.
  • Distribution : Peavey Europe

 

Mots-Clefs

Instruments
Guitare électrique
Type d’article
Banc d’essai
Musiciens/Groupes
Van Halen
Marques
Peavey
Numéro
G&C 177

 

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