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Ted Nugent

Les belles histoires d’Uncle Ted

D 20 septembre 2008     H 03:32     A Judge Fredd    


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Adulé ou détesté de ses concitoyens pour ses prises de position politiques bien réacs et sans nuances, The Nudge n’en reste pas moins, avec ses 35 millions d’albums vendus et ses 43 ans de carrière ininterrompue, un monument de l’histoire du rock, un showman à l’énergie époustouflante, auquel on doit des titres comme Snakeskin Cowboys, Stranglehold ou Cat Scratch Fever, entrés au panthéon de la guitare qui fait grâouh.

Vous êtes originaire de Detroit Michigan et, à l’instar de Bob Seger par exemple, vous semblez très fier de votre ville natale. Qu’a-t-elle de spécial ?

Je suis né à Detroit en 1948. Les Paul venait d’électrifier la guitare et des gens comme Chuck Berry et Bo Diddley s’en était saisi. Alors bien sûr, comme d’autres, cet environnement m’a poussé à jouer. Mais ce qui est spécifique à Detroit vient d’un groupe qui s’appelait Billy Lee and the Rivieras rebaptisé ensuite Mitch Ryder and the Detroit Wheels. Ce groupe a marqué de son empreinte toute la scène musicale de Detroit à cause de l’intensité, du feu, de l’énergie qui se dégageaient de leur musique. Cela s’est combiné avec ce que les Funk Brothers de la Motown apportaient de leur côté et tout le monde de Brownsville Station à Bob Seger, de Grand Funk Railroad à MC5 a été influencé par ces deux composantes. Une sorte de compétition s’est ouverte : on reprenait Howlin’ Wolf, John Lee Hooker, Muddy Waters, Lightnin’ Hopkins, Mose Allison, Chuck Berry, Bo Diddley et on essayait d’y insuffler le maximum d’énergie, on se tirait la bourre pour voir qui arriverait à jouer ces titres avec le plus d’âme, d’énergie, de « fighting spirit ».

On stage

Le 4 Juillet prochain (Independance Day) vous aller donner votre 6 000e concert, à Detroit...

Oui je vois ça comme le sommet d’une montagne, un peu traitresse, que j’ai gravie, à force de concerts et d’exploration musicale. Je vais jouer à quelques miles de là où je suis monté sur scène pour la première fois à l’âge de 10 ans, durant l’été 1958, et mon professeur de guitare, Joe Podorsek, sera présent ! Pour mon 6000e gig ! Ca représente mon amour de la musique, mon amour du Michigan, de Detroit. Joe m’a appris le bon boogie woogie et le honky tonk et je pense qu’on va jouer la même bonne vieille chanson qu’il y a 60 ans.

Cet été vous allez tourner dans plusieurs pays d’Europe mais pas en France pouquoi ?

Je ne sais pas, ce n’est pas une volonté de ma part. C’est sans doute qu’on n’a pas reçu de proposition qui puisse s’insérer dans la tournée question calendrier. J’adorerai jouer en France, j’adore la nourriture française (rires).

A bientôt 60 ans, êtes-vous toujours persuadé que « Si c’est trop fort c’est que vous êtes trop vieux » ?

Absolument, c’est une question de passion, d’énergie, je suis toujours capable de faire la même chose que quand j’avais 25 ans grâce à mon style de vie. Quand je ne joue pas, je vis comme un aborigène, je chasse, je pêche, je piège et ça me tient en forme. Et comme tu le sais je n’ai jamais bu, je ne me suis jamais drogué...

Malgré tout, vous avez des problèmes d’audition, c’est la scène ?

Oui mon oreille droite ça va mais la gauche est endommagée. Je pense que ça vient à la fois de la musique et du fait que, par le passé, j’ai beaucoup pratiqué le tir sans casque de protection. On n’en mettait pas à l’époque.

Quel est le plus gros changement dont vous ayez été le témoin dans le monde du rock ?

Je dirai qu’il n’y a plus autant de vrais groupes de rock qu’avant, il n’y en a même plus du tout. Dans le temps on a eu Hendrix, Cream, les Yardbyrds, les Beatles, les Stones, MC5, Brownsville Station, Small Faces, Aerosmith, ZZ Top, Van Halen et tous ces groupes avaient le feu sacré, on sentait qu’ils mettaient toute leur énergie et leur passion dans leur musique. Les derniers que j’ai vu arriver avec cette passion, cet amour de la musique, c’est Greenday et Red Hot Chili Peppers, ça fait 20 ans quand même. Alors si, il y a ce groupe venu de Suède, The Hives, ils jouent vraiment bien mais il ne vont pas jusqu’à l’orgasme que constitue un bon solo de guitare ou de saxophone, c’est dommage.

Ted et

Qu’est-ce qui motive les jeunes groupes selon vous ?

Aucune idée, tout ce que je peux dire, c’est qu’ils ne pratiquent pas beaucoup. Peut-être qu’il veulent juste faire carrière, sortir des hits, un peu comme les Back Street Boys. Ca ne me transporte pas vraiment.

Votre meilleur souvenir ?

Oh j’en ai tant... c’est un feu d’artifice de souvenirs. Rien que la semaine dernière en Califonie on a super bien joué, c’était indescriptible, tout le monde était ravi, tout le monde dansait, on a joué du James Brown, du Wilson Pickett c’était super intense.

Après toutes ces années vous vous sentez toujours autant gratifié par la réponse du public...

Oui bien sûr ! Les boys et moi on est très très réceptifs à ça, ça te donne un punch incroyable ! En plus je suis accompagné par la section rythmique dont rêve tout guitariste. Greg Smith (basse Rainbow, Alice Cooper etc.) et Mick Brown (drums Dokken, Lynch Mob etc.) sont si talentueux et jouent avec tellement d’engagement que chaque morceau sonne aussi bien qu’il est possible.

Et votre pire souvenir ?

Je n’en ai pas vraiment, c’est plutôt un souvenir drôle qui me vient à l’esprit : en 79 je me suis retrouvé à jammer sur Baby Please Don’t Go avec Sha Na Na. Ils étaient tous habillés dans l’esprit année 50, et moi j’étais là au milieu, égal à moi-même, un peu hors-sujet avec mes fringues et mes larsens guitare. Mais c’était plutôt fun en définitive. Si, comme mauvais souvenirs, je pourrais citer les décès de Jimi Hendrix, Bon Scott ou Keith Moon.

Pourquoi le DVD a-t-il été fait en Suède ?

Coïncidence, il s’est trouvé que tout s’est trouvé réuni là-bas, équipe de tournage, bonne conditions techniques et bien sûr, un très bon concert comme d’habitude (rires).

Vous jouez depuis plusieurs années avec un micro headset, quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Pas d’inconvénients pour moi. Bon certains disent qu’ils n’aiment pas, mais ça rend plus libre, je n’ai pas besoin de revenir au micro chaque fois que je veux hurler comme une bête sauvage. J’ai la liberté de danser, crier et chanter où que je sois sur scène. Je ne reviendrai jamais aux micros traditionnels.

Vous jouez surtout vos grands succès des seventies , est-ce que cela veut dire que vos chansons plus récentes sont moins... euh... euh...

Non, non c’est toujours difficile pour moi de sélectionner les titres parce qu’il y a des paquets de chansons que j’ai envie de jouer sur scène. Certains morceaux comme Stranglehold, Great White Buffalo ou Cat Scratch Fever s’imposent et il est de ma responsabilité de les jouer à chaque concert. On tâche de faire tourner la set list par roulement. On joue pas mal de titres du dernier album Love Grenade d’ailleurs...

Vous avez participé à plusieurs émissions de télé-réalité dont Supergroup sur VH-1. Quel était exactement le concept de l’émission ?

L’idée était de montrer le processus créatif au sein d’un groupe de musiciens dédiés à leur art, comment chacun défend ses idées, comment s’opère la synthése de toutes ces idées. Et bien sûr il y a aussi le côté humain, chacun a ses petites manies, ses bizarreries et le tout donne un show plutôt réussi. Ils le passent encore aujourd’hui.

Vous êtes pour toujours associé à la Gibson Byrdland, pour quoi avoir choisi cette guitare ?

Jimmy Mac Carthy le guitariste de Mitch Ryder and the Detroit Wheels, jouait sur une Byrdland et des amplis Fender, alors je m’en suis payé une en 65. C’est un son unique, avec un feedback de tueur, une hollow body avec une table bombée en épicéa qui lui donne un timbre et une respiration uniques.

Cela dit on vous a vu avec une PRS et sur le DVD avec une Les Paul, la Byrdland ne suffit plus ?

La musique doit rester une aventure, on doit toujours explorer, expérimenter. En plus, les Les Paul récentes et les PRS sont de très bonnes guitares, j’attends d’ailleurs ma PRS Byrdland Ted Nugent (en préparation NDR) avec impatience. Je suis toujours à la recherche de nouvelles sensations et de nouveaux sons.

Côté amplis avant c’était Fender. Puis on vous a vu jouer sur des Marshall, des Kustom, des Peavey...

A l’heure actuelle mon ampli préféré est le Peavey 6505. Il me donne tout ce que le Fender m’apportait mais à volume plus raisonnable. Les Fender il faut vraiment les pousser à fond et du coup, il faut porter des protections auditives qui modifient le son, ce n’est pas agréable.

Des effets ?

J’ai surtout une wah, de temps à autres j’utilise un echo mais c’est plutôt rare.

Vous customisez votre matos ?

Non pas du tout.

Tir à l'arc pour le Nudge

Changeons de sujet : la chasse est l’autre moitié de votre vie...

Oui, j’ai toujours chassé, c’est une source d’énergie spirituelle pour moi, et plus prosaïquement, le gibier est la nourriture la plus saine au monde. C’est un tout : manger sainement, comprendre mon rôle, rester connecté à la terre, la respecter pour pourvoir me respecter et respecter ma musique.

Justement quel rapport voyez-vous entre la chasse et la guitare ?

Ce qui me tue c’est qu’on ait même besoin de poser la question... Originellement la musique vient de la chasse, le premier tambour c’est une peau qu’on avait tendue et mise à sécher pour faire un vêtement sur laquelle quelqu’un a tapé avec un bâton ! Et la première corde à vibrer fut celle d’un arc ! Les bluesmen originaux, Howlin’Wolf etc., n’étaient qu’à une génération de leurs ancêtres chasseurs. Or, être chasseur c’est l’indépendance ultime, ne se soucier de rien sauf de soi, des siens et de son village. On a capturé ces gens et on en a fait des esclaves, ils sont passés de la liberté totale à l’esclavage. Pour moi c’est ce qui explique l’extraordinaire charge émotionnelle du blues.

Ce qui surprend aussi vu d’ici c’est votre activisme en faveur de la NRA et du second amendement. En France, peu de gens trouvent que le droit de porter une arme soit à ce point important...

Oui mais j’ai l’impression que rien n’est important pour vous les français (rires). Je me demande même si c’est légal chez vous qu’un sujet soit important (re-rires). Moi je veux être libre et cela implique de pouvoir se défendre, c’est un instinct naturel. Je ne m’étonne pas que vous vous en foutiez parce que vous n’avez plus d’instinct. On vous dit quoi faire depuis que vous êtes nés.

(s’ensuit un échange d’arguments d’où il ressort que je ne le convaincrai pas du contraire...)

Il se dit que vous pourriez vous présenter comme candidat républicain au poste de gouverneur ou de sénateur du Michigan ?

On me le demande régulièrement... Bon, je suis un citoyen concerné politiquement et très actif, je fais pas mal de lobbying auprès des élus mais je ne pense pas que ce serait sage que de me présenter cette fois-ci. Je suis plus efficace dans la rue que dans un bureau. De plus, j’ai beaucoup à faire avec la musique et d’autres projets, donc je n’essaierai pas d’être gouverneur pour l’instant.

Des conseils pour les apprentis guitar heroes ?

Restez clean et sobre, soyez respectueux de votre corps, soyez bons, sympas et consciencieux. Restez à l’écoute de ceux qui vous entourent pour apprendre des autres et en nourrir votre musique, trouvez d’autres musiciens qui soient clean et sobres, qui aient aussi du coeur et de l’âme, aimez la vie et célébrez-la à travers votre musique.

Casual Ted

Merci M.Nugent, comme quoi on peut aimer la même musique et avoir des opinions politiques différentes...

Bien sûr ! Mais je suis certain que si tu pouvais vivre comme moi tu le ferais parce que tu adorerais ça. C’est excitant, c’est la liberté ! Là cet après-midi je vais tirer à la mitraillette, je suis sûr que ça te plairait, mais... t’as pas le droit. (il se marre)

Oui pis c’est pas dans mes habitudes non plus...

J’en tirerai quelques-une pour toi alors. Allez Dieu te garde et dis bien à mes fans français que je vais tâcher de venir jouer chez vous aussi vite que possible.


 

Mots-Clefs

Type d’article
Interview
Musiciens/Groupes
Ted Nugent
Numéro
GX28

 

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