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Yamaha SG-1000

Ca y est, le Judge est amoureux !!!

D 30 janvier 2009     H 17:13     A Judge Fredd    


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Autant vous le dire tout de suite, il y a bien longtemps qu’une guitare ne m’avait pas tourné la tête à ce point, longtemps que je ne m’étais pas éclaté comme ça sur un manche, longtemps aussi que j’avais autant répugné à rendre une gratte que j’avais en test. Cette SG 1000 m’a conquis parce qu’elle a tout bon sauf... son poids, mais, pour cette fois, le Judge n’a rien contre l’embonpoint.

La série des SG (Solid Guitar) Yamaha commence en 1966 avec la SG-2 qui n’a strictement rien de commun avec la guitare qui nous occupe (on dirait plutôt une Mustang ou une Music Master). D’évolution en évolution, la série fait son petit bonhomme de chemin passant par des tas de formes plus ou moins baroques pour se stabiliser en 1973, avec les SG-30 et 35 autour de cette forme double cutaway, inspirée de la Gibson SG. Mais on est encore loin de la guitare testée ici. Les 30 et 35 sont des guitares à manches vissés, à tables plates, recouvertes d’un énorme pickguard sur lequel prend place toute l’électronique. Il n’empêche, les bases sont jetées et, en 74, on entre vraiment dans l’ère des Yamaha SG que nous connaissons avec la 175, au corps acajou bombé, touche en ébène et pickguard très lespaulien. 1976 est l’ANNEE à marquer d’une pierre blanche pour l’équipe de Yojirou Takabayashi, le designer en charge de la famille SG, avec une explosion de modèles aux niveaux de finitions variés : les 500, 700, 1000, 1500 et 2000, les deux dernières ayant un manche traversant. Au fil des ans, d’autres modèles apparaîtront, notamment dans les années 80, aussi bien dans le haut de gamme (2500, 3000) que dans l’entrée et le milieu de gamme (200, 300, 400, 800, 900 etc.), mais c’est bien de 76 que date le véritable aboutissement de cette lignée.

SG-1000 Brown Sunburst

The top

A l’époque, 1000 et 2000 jettent un énorme pavé dans la mare, car ces SG sont les premières guitares japonaises à se poser en égales de la production américaine et les premières qui vont monter sur scène avec des guitaristes de premier plan tels Carlos Santana qui les adopte et quitte Gibson pour Yamaha. Moins définitifs, mais tout aussi remarquables, Mick Jones de Foreigner, Bob Marley, Steve Cropper, Phil Manzanera (Roxy Music), Paul Barrère (Little Feat) ou Al di Meola se produiront aussi régulièrement avec des SG. Dans le monde « mondialisé » d’aujourd’hui, c’est banal, mais à l’époque, c’est un coup de tonnerre, parce que les japonais ne sont encore considérés que comme des fabricants de grattes cheap et injouables ou alors de sales copieurs un peu trop doués. Parlons-en d’ailleurs, à la fin des 70’s, Gibson s’émeut de ce que des marques comme Ibanez réalisent des copies de ses modèles, d’une qualité à laquelle la firme américaine à cette époque ne peut plus vraiment prétendre, et se lance dans une série de procès (lawsuit remember ?) pour en interdire la commercialisation.

Les Yam SG n’ont pas grand-chose à craindre car, même si elles se sont inspirées de la SG et de la Les Paul Gibson, elles ont développé une personnalité propre. 1000 et 2000 sont, à leur tour, en très peu de temps, devenues des classiques. Alors, pour la forme, Gibson demande à Yamaha de changer le nom de sa guitare qui, aux Etats-Unis, deviendra la SBG (Solid Body Guitar). Pour se démarquer encore un peu plus, Yamaha introduit sur la 1000 les deux push-push permettant de splitter les deux humbuckers (Bi Sound switches), ou comment Gibson a indirectement contribué à améliorer les SG Yamaha.

En 88, la lignée s’éteint et, malgré la réalisation de modèles Custom Shop, de séries limitées, et la réédition de la 175 en 2001, il faudra attendre 2006 pour voir renaître ces fantastiques machines à graoûh nippones dont le sustain légendaire a fait le tour de la planète avec Europa de Santana. Soucieux de conserver aux 1000 et 2000 du 21e siècle toutes leurs qualités, Yamaha les fait fabriquer à la main au même endroit que ses hauts de gamme acoustiques et leur applique l’Initial Response Acceleration, un traitement du bois qui accélère sa maturation et permet à la guitare, dixit Yamaha, de développer sa personnalité plus rapidement et de sonner assez vite comme si elle avait déjà été jouée pendant plusieurs années.

SG-1000

The return

Si elle porte le même nom que la SG Gibson, si, comme elle, elle présente un double cutaway à deux cornes diaboliques et un accès facile aux aigus (moindre que sur une SG Gibson car le talon à l’instar du corps est très épais), sa structure s’inspire plutôt de la Les Paul et particulièrement de ses versions les plus huppées : corps et manche en acajou, table érable et touche ébène de la plus belle eau. La forme de ce corps est à mon sens une réussite, mêlant rondeurs et pointes, douceur et agressivité. L’arrière reçoit une découpe stomacale et deux plaques de protection des cavités électroniques parfaitement ajustées. L’avant mêle luxe et sobriété, accastillage et potards dorés (sauf et c’est heureux les tours de micros noirs), table érable au Brown Sunburst discret, ceinte d’un triple binding très classe, pickguard noir. Petit détail une lyre est gravée sur le cordier (Stop Bar).

Le manche n’a rien à envier au corps, profil parfait entre le rond et le plat, binding, touche ébène 22 cases à la courbure très douce, frettes jumbo, repères originaux propres à la série., une action qu’on peut amener au plus bas, une facilité incroyable qui bonifie votre jeu, c’est royal ! Et croyez-moi j’ai vraiment du mal à trouver des mots à la hauteur des sensations ressenties. La tête, très classique, un peu chargée mais c’est la loi du genre, reçoit six mécaniques maison, à bain d’huile, qui font le job sans problème. Dernier détail qui a son importance, l’attache, côté manche, est placée à l’arrière de l’instrument. Cela procure un équilibre parfait et autorise à la porter haut (j’aime pas mais je n’en dégoûte pas les autres) ou alors bien bas (ouaiiis, ça le faiiit, regarde chérie j’suis un vrai rebeeeeel...) avec un égal bonheur.

Alors on a beaucoup glosé dans les chaumières et sur les forums pour savoir si la SG était une Les Paul Killer ou pas, si ses possesseurs devaient narguer ceux qui avaient acheté leur Les Paul deux fois plus cher, ou, au contraire, se couvrir la tête de cendres pour ne pas savoir faire LA différence entre une vulgaire japonaise et le must ultime de la lutherie ricaine. Eh bien le Judge vous le dit, il n’en a rien à branler, si je peux me permettre. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord, l’essentiel est d’aimer et de s’éclater avec sa gratte, quel que soit le prix qu’on l’ait payée, ensuite le plaisir est dans la diversité, pas dans l’uniformité, dans la complémentarité et non dans la compétition. Bien sûr, rien n’empêche de comparer SG et Les Paul. On leur trouve beaucoup de points communs, on constate que les SG ont un meilleur rapport qualité/prix (surtout qu’on la trouve couramment à 250 voire 300€ sous le prix catalogue), mais aussi une personnalité sonore finalement assez différente. Je m’empresse de préciser que toutes les Les Paul ne sonnent pas pareil et toutes les SG non plus, notamment du fait que les 2000 ont un manche conducteur et pas les 1000. Je veux juste dire qu’on ne doit pas choisir une SG-1000 par défaut, parce qu’on a pas les moyens de se payer une Les Paul top moumoutte, mais pour ses qualités propres, sa signature sonore à elle.

Les trois versions

The sounds

L’alliance de sa table érable, de sa touche ébène et de ses deux doubles Alnico Yamaha (réglables en hauteur et en inclinaison) lui donne un côté bright, des mids présents et des attaques claires et franches qui s’équilibrent parfaitement avec la rondeur et la tendance fat induite par l’imposant corps acajou. On a à la fois la graisse et le mordant. C’est parfait pour un paquet de styles différents, la meilleure preuve étant qu’on trouve des possesseurs de SG tant parmi les guitaristes de jazz, jazz manouche que chez les bluesmen purs et durs, les adorateurs du reggae, les tenants de la pop ou les rockers et hard rockeurs convaincus. Comme la Les Paul me direz-vous. Oui, mais... différemment. Pour moi qui adore jouer en son saturé, c’est un régal avec des basses à la fois tendues et rondes, qui savent jouer avec la compression d’un gros stack Marshall poussé dans ses retranchements, des mids riches et colorés, des aigus capables de vous découper les lobes frontaux avec une précision chirurgicale. Et puis ce sustain d’enfer... aaaarrrrhhhh ! Trop bien...

Les push-push sont vraiment bien vus, donnant à ces doubles, des sons proches de simples, plus cristallins, plus fins et réellement utilisables car ils conservent une certaines dynamique et ne sonnent pas « plat » comme cela arrive souvent avec les humbuckers splittés. Non là on a du ressort, de la vie, même si on reste loin d’un bon simple de Strat ou de Tele. Je dis ça juste pour (me ?) remettre les idées en place. Splittés les deux micros sonnent aussi à merveille sur des sons crunchs, sur des rythmiques façon John Cougar Mellencamp avec de bons gros Sol ou Ré de début de manche, pleins de cordes à vide. Et pour couronner le tout, ces deux micros sont servis, chacun par un volume et une tonalité qui sont tous des modèles de progressivité. On peut donc doser très précisément le volume de chaque micro et lui enlever exactement ce qu’on veut d’aigus, tout en finesse.

Enfin bref, j’vais vous la faire courte, j’ai vraiment adoré cette gratte, je suis tombé amoureux comme un môme. Très franchement, le Judge n’est plus le même homme depuis qu’il a essayé cette SG-1000 et il a comme l’impression d’avoir trouvé la guitare de sa vie (Explorer mise à part bien entendu). Alors il ne s’étonnerait pas trop lui-même s’il s’en payait une en 2009. Mais une noire alors...

http://www.judge-fredd.fr/media/son...

Judge en cohérence avec lui-même
Bon ben ça c’est fait déjà ;-) - Photo : Anna B.

yamaha-sg1000

Autres infos
  • Superbe lutherie
  • Parfaite jusque dans les moindres détails
  • Confort de jeu extraordinaire
  • Gros éventail de sonorités
  • Inspirante
  • Contrôles hyper progressifs
  • Excellent rapport qualité/prix
  • Poids conséquent (4.5 kg env.)
  • Prix indicatif : 1 590 €
  • Distribution : Yamaha France

Portfolio

 

Mots-Clefs

Instruments
Guitare électrique
Type d’article
Banc d’essai
Marques
Yamaha
Numéro
Inédit

 

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