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Guitares Reverend

Elles sont là, et elles rigolent pas !

D 20 décembre 2014     H 14:33     A Judge Fredd    


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Tous ceux qui vont au NAMM régulièrement sont tombés un jour ou l’autre sur les Reverend, des guitares au rapport qualité/prix très intéressant qui apportent une bouffée d’air frais tout en respectant les canons traditionnels. On ne les trouvait malheureusement que difficilement en France car seuls un ou deux revendeurs en faisaient venir quelques-unes jusqu’à présent.

Note : cet article comporte plusieurs onglets (juste au-dessous de ce texte). N’oubliez pas de cliquer sur chacun d’eux pour le lire dans son intégralité.

La marque, fondée en 1997 par Joe Naylor, a désormais un distributeur officiel, HCG Diffusion, basé en Bretagne, une bonne occasion pour le Judge d’en tester une tripotée tout en allant respirer le bon air marin. Sans être pléthorique la liste des endorseurs Reverend a de quoi interpeler : Pete Anderson guitariste country, polyinstrumentiste, producteur au CV long comme le bras, Reeves Gabrels (Tin Machine, Cure), Rick Vito (Fleetwood Mac et d’innombrables séances), Gil Parris, Bob Balch (Fu Manchu), feu Ron Asheton (Stooges), bref que des pinces quoi… Alors qu’est-ce qui plaît tellement à tous ces guitaristes chevronnés ?

Think different

Tout d’abord, Reverend a su cultiver sa différence, tranquillement, par touches successives, sans annonce tonitruante. A commencer par l’adoption quasi systématique du korina, bois dont on connaît depuis longtemps les qualités vibratoires et qui a aussi souvent le mérite d’être plus léger que d’autres, ce qui constitue un avantage notamment sur les guitares de grande taille. Donc, chez Reverend on va avoir du korina partout, soit corps et manche sur les guitares à manche collé soit marié à un manche érable sur les guitares à manches vissés. Ensuite, par le développement de pièces propres à la marque comme les mécaniques à blocage maison qui ont été généralisées à l’ensemble des Reverend quel qu’en soit le prix.

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Tous les micros sont également exclusifs ; pour la moitié d’entre eux, ils reprennent des bases connues, PAF, P90, Filtertron, simples de type Fender, avec un travail d’optimisation réel. Mais Reverend cherche également à innover avec le Dual-Pro un micro simple très intéressant se situant à la croisée entre P90, micro de Tele et humbucker et bien sûr sa gamme RailHammer, que l’on peut aussi acheter comme micros de remplacement pour upgrader sa guitare, sur lesquels on trouve des rails (blades) sous les cordes graves et des plots sous les trois cordes aiguës. L’idée derrière ça est de rendre les graves plus percutants, moins baveux et de conserver aux aigus un son chaleureux ? Enfin, généralisés aussi sur toutes les Reverend, le sillet graphite aide à la bonne tenue d’accord en conjonction avec les mécaniques à blocage vues plus haut et le Bass Contour épaissit le grain tout en poussant les basses et ce, de manière progressive. Personnellement, je conseillerai de commencer l’essai d’une Reverend avec le Bass Contour à zéro et de le monter progressivement, car avec certains micros il est exploitable sur toute la longueur de sa course avec d’autres il peut paraître superfétatoire surtout en fin de course. A doser avec discernement donc. Les modèles à manche vissé adopte un diapason long de type Fender tandis que les manches collés, sont logiquement dotées d’un diapason court de type Gibson.

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Flatroc Cream 749 €

J’ai tout d’abord essayé une Flatroc en finition Cream. La guitare adopte une forme single cut assez bien vue, mélangeant judicieusement les codes esthétiques de deux modèles légendaires, forme qu’on retrouvera également sur les modèles Charger et Buckshot de la marque. Avec deux Revtron, micros dans l’esprit Gretsch/TV Jones, le son est assez medium sur l’aigu, avec un certain tranchant, avec le grain typique de ce type de micro et une attaque digne d’un simple aigu de type Tele. Sur la position intermédiaire, on a un son plus rond, plus doux. Le micro grave a beaucoup de mediums et plus on va pousser sur le crunch, le saturax et le Bass Contour, plus on va aller vers le graillonneux, comme avec les micros inspirateurs. Cela, tout en gardant un certain claquant car on est sur un manche vissé en érable avec touche érable et diapason 25.5. Tous les réglages sont relativement progressifs et on a une palette de sons assez énorme alors que la Flatroc reste très simple à manipuler. Découpe stomacale, passage de bras à l’avant et jonction corps/manche légèrement affinée pour accéder aux aigus, apportent un certain confort tandis que le cavalier de rétention sur la tête se montre à la fois joli et fonctionnel. Une guitare pas très chère, polyvalente, avec une forme qui ne dépaysera pas les aficionados des single cut. Notez qu’une touche palissandre est possible mariée à d’autres coloris. Une de mes préférées lors de cette séance d’essais.

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Jetstream 390 Rock Orange 849 €

On reste dans les manches vissés et les têtes 6 en ligne avec cette Jetstream équipée de trois CP90 maison. Sa forme est un peu la marque de fabrique Reverend puisqu’elle reprend peu ou prou les contours des Reverend première époque. A quelques détails près, on retrouvera cette forme de corps également sur la Warhawk et la Bayonet. Le pickguard, façon écaille est à la fois esthétique et original. Les micros sont servis par un volume une tonalité, le Bass Contour et un sélecteur 5 positions. On a donc 5 sons directement sous la main que l’on peut travailler à loisir avec le Tone et le Bass Contour. L’aigu et le grave envoient des sons très P90, conformes à ce qu’on attend d’eux avec un bruit de fond extrêmement discret. Au milieu, on a un son déjà assez rond qui tend plus vers le son du grave tandis que les deux positions intermédiaires sont très fines et emmènent presque du côté des strats. Un mix entre le monde Fender et le monde Gibson. La progressivité du volume encore une fois démultiplie les possibilités et, sur cette config le Bass Contour joue à la fois les booster et les épaississeurs de son avec beaucoup de progressivité. Le vibrato, de type vintage, Wilkinson, à couteaux présente des pontets individuels. On peut s’en servir de manière raisonnablement violente tout en restant accordé. Le manche facile à jouer, la guitare twangue bien, l’association de cette lutherie et de cette électronique est riche de possibilités, tout ça pour un prix très raisonnable. Et si vous aimez cette Jetstream mais que vous préférez une config Humbucker/P90 optez pour la Double Agent qui est quasiment la même guitare question lutherie.

Les trois guitares qui suivent sont équipées de micros RailHammer. A l’origine, Joe Naylor cherche un moyen de rendre ses doubles bobinages côté manche plus précis sur les cordes filées (graves). Il s’inspire du Lawrence XL500, premier humbucker à barrettes dont il aime la clarté sur les graves mais n’apprécie pas trop le manque de corpulence sur les trois cordes aiguës. Il conçoit donc un micro double avec deux demi barrettes sur les graves et six plots sur les aigus. Après moult essais menés en compagnie de musiciens, il met au point sa technique et décline les doubles RailHammer en trois modèles (avec à chque fois un neck et un bridge), l’Hyper Vintage, AlNiCo 5 pour simplifier, le « PAF version RailHammer », l’Anvil, céramique, qui se rapproche du rendu d’un JB Seymour Duncan et le Chisel, céramique également, le plus power des trois, celui qui est recommandé aux amateurs de hard et de metal. Notez que les Reverend équipées de ces micros comportent la mention RA dans leur nom.

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Sensei RA Satin Violin Burst Flame Maple 949 €

J’ai donc commencé par une Sensei, une guitare qui se rapproche de la SG de par sa forme générale et ses dimensions, y ajoutant un méplat pour le passage du bras. Elle est équipée d’un couple de Chisel qui lui donne un caractère bien trempé. Les barrettes sur les graves et les middles épurent le côté brouillon des middle et des graves, ça optimise l’utilisation du Bass Contour, du coup, les graves se tiennent bien, même sur des sons super heavy et compressés. Ca ne bave pas, c’est tight et souple à la fois. La Sensei est joueuse, ne se désaccorde pas un poil, le Bass contour permet en son clean d’épaissir le son et de bénéficier d’un léger boost qui mène vers du crunch. La touche ébène apporte elle aussi son lot de claquant, bref, une guitare élégante faite pour envoyer le pâté aussi bien en blues, rock, hard et metal hardcore, du moment que votre ampli accepte le challenge, parce qu’il faut la tenir, la p’tite.

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Bayonet Satin Flame Orange Maple 899 €

Pas de RA ici car toutes les Bayonet, une des dernière-nées de la marque sont équipées de RailHammer, un Anvil en aigu et un Chisel en grave. Là encore manche collé et touche ébène, avec une forme proche des Jetstream et autres Double Agent. Le rendu est assez proche de celui de la Sensei, peut-être un poil moins agressif mais je ne m’étendrai pas trop sur la Bayonet car c’est un modèle sur lequel nous reviendrons sûrement en 2015.

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Volcano RA Satin Blue Burst Flame Maple 999 €

La Volcano est clairement celle des trois guitares équipées de RailHammer que j’ai préféré. D’abord parce qu’elle est très élégante dans cette robe bleue sunburst satinée avec un top flammé, c’est vraiment joli, ensuite parce qu’elle est très légère malgré son gabarit, merci le tout korina, enfin parce que parmi les trois guitares testées c’était clairement la plus facile, la plus confortable à jouer. Celle aussi qui prenait le plus facilement le larsen parce qu’elle vibre particulièrement bien. Du coup, avec le même couple de Chisel que la Sensei et là encore une touche ébène on a un résultat encore plus vivant, plus chaleureux, plus raffiné aussi. Mon seul reproche, outre que, comme toutes les V, le jeu assis n’est pas son fort vient de l’emplacement de sa coquille de jack sous l’aile inférieure de la guitare qui va donner des passages de câbles pas très esthétiques. Une finition à tomber, un grand confort de jeu et des sonorités à la fois sauvages et chaudes que demande le peuple ?

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Rick Vito Signature 1 449 €

La Rick Vito Signature c’est le graal. J’adore cette guitare et son look années 30 très Art déco. Elle est encore plus jolie en vrai, croyez-moi. La partie centrale du corps, surélevée, le côté bicolore, le manche en trois parties, c’est tout ce que j’aime. Les mécaniques façon Imperial et le Bigsby B50 parachèvent le look unique de cet instrument très spécial. Pour chipoter un peu, si que j’aurais été Mr Reverend, j’aurais mis des potards métalliques chromés, mais bon ça se change hein… Mais il n’y a pas que le look qui est remarquable, le micro aigu Dual Pro l’est aussi. Basé sur un micro Supro du milieu des années 60, c’est un simple bobinage à haut niveau de sortie, équipé d’un second aimant en barre en plus des plots classiques. Ceux qui connaissent Rick Vito savent que c’est un spécialiste du bottleneck, il a donc voulu conserver les qualités bien pêchues des simples bobinages tout en ayant un son plus épais, plus proche d’un P90 et le silence de fonctionnement d’un humbucker. Ce Dual Pro est une réussite, même si l’on ne joue pas au bottleneck. Il remplace sans problème un double de type vintage et se montre royal en son clair et crunch. Les sons franchement saturés ne lui font pas peur du moment qu’on reste dans un registre rock ou hard-rock des seventies, quoiqu’épaulé par le Bass Contour il surprend même dans ce registre. Ces qualités se retrouvent dans le mix avec le micro grave qui lui reste plus classique. Ce serait peut-être une idée de faire une version manche de ce Dual Pro. La guitare est facile à jouer, elle résonne de tout son être et ne se désaccorde pas, même quand on se sert du Bigsby. Une superbe réussite !

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Un des premiers endorsés Reverend en France est l’ami Yvan Guillevic, l’occasion de lui demander son avis éclairé sur ces guitares :
"J’ai découvert la marque par hasard via un fan de Reverend à qui j’ai vendu du matos d’occase. Il m’a emmené voir l’importateur (qui habite près de chez lui). Eric (Latteux le distributeur français NDR) m’a mis un modèle Eastsider entre les mains et m’a proposé un endorsement dans la foulée.
J’ai choisi une Eastsider T et une Manta 290 car je voulais privilégier les sons clean et crunchy blues avec la Eastsider et toucher un peu les sons jazzy avec la Manta, car c’est dans ce style que je travaille principalement en ce moment avec Eden Soul, Wired et Empty Spaces. Par contre, j’ai bien envie de me laisser tenter par une Kingbolt avec humbuckers et vibrato pour les projets plus heavy comme PYG. J’en ai testé une pour un solo que j’avais à faire sur une compil et ça le fait vraiment bien !
Aucun souci sur scène, elles tiennent super bien l’accordage, elles sonnent, je suis ravi !"

Cette petite séance d’essais, outre qu’elle m’a permis de faire une petite escapade en Bretagne a confirmé tout le bien que je pensais de Reverend. Notez que toutes les Reverend actuelles sont fabriquées en Corée et « refined », comme on dit, aux Etats-Unis. C’est-à-dire que les guitares souffrant de défauts sont écartées et que les autres sont réglées aux petits oignons par les Reverend boys. Ce travail, très bien fait et les particularités maison donnent des guitares de très bon niveau avec un rapport qualité/prix détonnant. Les Reverend se répandent petit à petit sur le territoire, alors vous n’aurez plus d’excuse pour ne pas les avoir essayées.

Portfolio

 

Mots-Clefs

Instruments
Guitare électrique
Type d’article
Avec vidéo Banc d’essai
Marques
Reverend
Numéro
GX66

 

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