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Argan Stallion

Coursiers d’exception

D septembre 1996     H 02:11     A Judge Fredd    


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Yves Argan est la preuve vivante qu’une idée simple peut mener un homme bien loin, générer bien des complications et avoir des implications et des
applications insoupçonnées.

L’histoire d’Argan débute il y a quatorze ans, lorsqu’Yves Argan se met en tête de fabriquer une guitare à manche très fin, croyant naïvement, himself dixit, que c’était LA solution ultime. Poursuivant ce but, il se rend compte qu’il va falloir que la tension des cordes soit supportée par autre chose que le manche, finesse oblige. Il a donc réalisé une espèce de lyre, deux arcs courant du corps à la crosse, avec un manche très fin au milieu. Résultat : bide complet du manche qui se révèle injouable. Cela dit, cette mésaventure avait amené Yves Argan à mettre au point un système de manche amovible dont on pouvait régler la hauteur sous les cordes, donc l’action, sans toucher ni au chevalet ni aux pontets. L’idée le travaille. D’amovible à interchangeable il n’y a qu’un pas qu’il franchit allègrement, intellectuellement tout au moins dans un premier temps. De prototype en prototype, l’esquisse s’affine et son intérêt s’affirme : diversité des résultats obtenus suivant les essences utilisées pour la touche, accès à différents frettages, fretless, touches avec quarts de ton, tout cela sur la même guitare ! Cela, c’était il y a environ huit ans, mais le système de changement des manches étant encore un peu compliqué et diverses péripéties venant mettre des bâtons dans les roues à notre ingénieux luthier, toutdeux ans, sous l’impulsion de Danielle, son épouse, Yves Argan remet son ouvrage sur le métier et, peaufine son système jusqu’à ce que j’appellerais une quasi perfection. Bien sûr, notre homme est entêté mais il reconnaît lui-même qu’il aurait peut-être abandonné si tout au long de ces années il n’avait reçu encouragements et conseils de deux excellents luthiers français : Christophe Leduc et Franck Cheval.

La Stallion

Un petit supplément d’âme

A guitare originale forme originale : le corps de dimensions un peu réduites, comporte une corne inférieure dont l’angle, largement ouvert, permet un accès aisé aux aigus et un bonne stabilité de l’instrument en position assise. On y retrouve, un peu moins prononcées, les découpes, stomacale et pour le passage du bras droit, popularisées par la Strato. En lieu et place de la corne supérieure on trouve un arc solidaire et du corps et de la crosse. Cette dernière est de type six en ligne, les mécaniques Schaller à bain d’huile, se situant sur sa tranche inférieure. Cela déroute un peu au début car, non seulement l’ordre des cordes semble inversé mais de plus les mécaniques, renversées, tournent dans le sens inverse ; on monte donc la note au lieu de la descendre et vice-versa, mais ce n’est qu’un coup à prendre. Ce trio corps/arc/crosse, que son créateur appelle pour simplifier une "structure" est en fait un sandwich : au milieu (à la place du jambon) une âme en fibre de carbone pour assurer à l’ensemble une rigidité parfaite et une bonne tenue dans le temps car, ne l’oublions pas, c’est cette structure qui va supporter l’intégralité de la tension des cordes. Dans le rôle de la salade, deux plaques d’érable US entourent l’âme de carbone et dans celui du pain deux plaques dered cedar (cèdre rouge), bois léger, utilisé aussi bien dans la lutherie classique que pour faire les mâts de bateaux (musicalité, solidité, rigidité). Le système de fixation des manches rend le changement d’une simplicité déconcertante : on dévisse une molette située sous le sillet, on bascule le manche vers l’arrière et nous voilà avec le manche d’un côté et la guitare de l’autre. Pour installer le nouveau manche, on glisse les deux ergots latéraux qui se trouvent à sa base sur les deux fentes de la serrure sise sur le corps, on bascule le manche vers l’avant et on visse la molette derrière le sillet. A vrai dire c’est moins long et plus facile à faire qu’à décrire. Ensuite, grâce à des vis Allen, on peut régler la hauteur du manche sous les cordes côté sillet et côté corps. Ce réglage se fait une fois pour toutes et vous n’aurez pas à y revenir à chaque changement de manche mais seulement à l’ajuster de temps à autre. Cela ouvre aussi des perspectives puisqu’on pourra, par simple changement de manche, passer sur la même guitare d’une action standard à une action plus haute pour le bottleneck, ou à une action plus basse pour le tapping. Bien qu’ils n’aient pas, comme sur une guitare standard, à supporter la tension des cordes, les manches Argan sont tout de même dotés d’un truss-rod pour pouvoir compenser d’éventuelles variations. Cela occasionnera d’ailleurs une scène tout à fait inhabituelle puisque ce réglage ne peut s’opérer que manche démonté. Par parenthèse, ce démontage facilite beaucoup d’opérations : nettoyage du manche et des cordes, refrettage ou planification. Techniquement, le système est au point.

Le système est au point

Les quatre étalons de l’Apocalypse

La gamme Argan se compose pour le moment de quatre modèles : la Stallion 230, électroacoustique équipée d’un chevalet Schaller dont les pontets sont dotés de capteurs piézo et de cordes nylon, la Stallion 340, chevalet Schaller et deux doubles Seymour Duncan splittables individuellement, la Stallion 450, mélange des deux précédentes et la Stallion 560 identique à la 340 mais nantie d’un Floyd Rose. En fait, la variété des manches disponibles décuple la gamme tant les changement de manches et de touches jouent sur le son et les possibilités des quatre modèles de base. Jugez plutôt : en érable, touche érable avec frettes jumbo, en acajou avec touche ébène et frettes jumbos, en tilleul avec touche érable scallopée, en red cédar avec touche érable et frettes jumbos et déco intersidérale assortie au corps, en red cedar avec touche en palissandre décorée du drapeau américain et frettes de mandoline affleurant juste au niveau de la touche, fretless avec touche en inox, manche quart de tons etc. Les amateurs de slide n’ont pas été oubliés puisqu’Argan, outre que tous ses manches peuvent être réglé action haute, qu’on peut jouer slide sans manche (j’ai essayé, on peut même jouer derrière les cordes) et que la forme de ses guitares est idéale pour ceux qui jouent slide à plat, commercialise aussi un

Special Bottleneck

Sur les 340 et 560, les push pull jouent pleinement leur rôle donnant à la guitare un caractère très fendérien, faisant penser tantôt à la Tele, tantôt à la Strato. Non splittés les doubles s’avèrent judicieusement choisis en fonction de la guitare, aussi à l’aise dans le blues, et le rock que dans les sonorités plus saturées. Cela dit, si vous préfériez d’autre micros il va sans dire qu’Argan vous donnerait satisfaction, après tout on est chez un luthier. La 450 possède les mêmes qualités plus la possibilité de mélanger micros etcapteurs piézo : avec les doubles c’est puissant, avec le split c’est fin et plus doux qu’avec les micros seuls. La 230 à cordes nylon est assez renversante : imaginez un pur son de guitare classique, plus vrai que nature, et ce sur un JCM 800... je sais c’est dur à croire mais vrai. Avantage pour un guitariste classique il a deux octaves pour s’éclater, avantage pour un guitariste électrique, il bénéficie d’une véritable sonorité de guitare classique sans les problèmes d’adaptation (écartement des cordes, action, caisse, manche court). De plus, on peut agir sur sa sonorité : plus dure, plus claquante avec une touche érable, plus douce, plus fine avec une touche palissandre et carrément exotique avec la touche inox. Tout au long de l’essai j’ai été étonné de voir à quel point le changement de manche et surtout de touche joue sur le rendu final et ce quelle que soit la guitare.

Les Stallion, c’est à Lyon

Les guitares testées étaient noire, blanc ivoire, rouge Ferrari (le vrai), bleu électrique métallisé et décorée façon espace pour la 230. Ces coloris ne sont que des propositions, chaque acheteur ayant tout loisir de demander la couleur ou la déco de son choix. Les Stallion sont des guitares exceptionnelles, aux prestations et aux possibilités exceptionnelles. Elles ouvrent à chacun tout un champ d’exploration, pouvant en dix secondes redevenir complètement standard. De plus leur originalité ne les empêche pas de délivrer des sons d’un grande authenticité avec chaleur et finesse. Bien sûr et Yves Argan est le premier à le reconnaître, leur prix est élevé, mais, outre que l’instrument est par nature évolutif, il s’agit ici de véritable haut de gamme, fruit d’une quinzaine d’années d’efforts, mettant en jeu des technologies plus complexesqu’il n’y paraît et cela entraîne un coût de fabrication élevé. Ajoutez-y une TVA de 20,6% et vous comprendrez qu’il faut vraiment être passionné pour être
luthier en France. Aussi si vous passez à Lyon n’hésitez pas à aller essayer une Argan ne serait-ce que pour saluer cette passion, même si vous n’avez pas les moyens, pour l’instant, de vous offrir une guitare de ce prix.


Autres infos
  • Originalité
  • Principe amenant réellement de nouvelles possibilités
  • Qualité irréprochable de la lutherie
  • Confort de jeu
  • Grande variété des sonorités
  • Belles
  • Changement de manche simple, sûr et rapide
  • Prix élevé, surtout les manches
  • Prix indicatifs : avec un manche et un étui :
    • 230 : 18 900 F TTC env.
    • 340 : 19 950 F TTC env.
    • 450 : 20 980 F TTC env.
    • 560 : 21 950 F TTC env.
    • Manche supplémentaire : 3 950 F TTC env. (sauf spécifications spéciales)
  • Photo : Thierry Fortier

 

Mots-Clefs

Instruments
Guitare électrique Luthier
Type d’article
Banc d’essai
Marques
Argan
Numéro
G&C 177

 

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