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Que la complémentarité éclaire ta voie

D octobre 1999     H 23:06     A Judge Fredd    


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Dans cette rubrique, je me suis toujours attaché à montrer ce que la recherche du son idéal pouvait avoir de relatif et ce qu’elle pouvait engendrer comme incertitudes. On continue aujourd’hui en approfondissant un point qui ne fut qu’ effleuré le mois dernier : jouer avec d’autres musiciens implique autant d’ajustements, compromis, complémentarité et faculté d’adaptation du point de vue du son et du jeu que du point de vue humain. Nous laisserons de côté ce dernier aspect même si son influence sur les deux premiers est réelle et vice-versa.

Quelle que soit la formule dans laquelle on joue, le problème est de concilier le ou les sons qu’on aime, avec, d’une part, les sons des autres musiciens et, d’autre part, l’objectif final qui est de servir au mieux les morceaux que vous jouez. Cela étant, chaque formule a ses servitudes et ses impératifs.

ZZ Top

Trio

Dans un trio (basse, batterie, guitares) chacun est assez libre de sonner comme il l’entend. C’est ici le bassiste qui a le plus de travail à faire dans la conception de son son, puisqu’il doit à la fois être solidaire de la grosse caisse et pouvoir se fondre avec la guitare lors de parties rythmiques communes. C’est lui le lien qui tient tout ensemble. Cela ne veut pas dire que vous ne puissiez rien faire pour aider à construire un son de groupe. Heureusement pour tout le monde, en trio, la plus grande partie de ce travail se fait d’elle même, ce qui n’empêche pas d’essayer d’affiner les choses. Le gros du boulot consiste à tenir votre poste : occuper les médiums, ne pas se faire manger dans les aigus par les cymbales et ne pas empiéter dans les graves sur le domaine de la basse. Cela veut dire porter une attention toute particulière à vos réglages d’égalisation : éviter de trop gonfler vos graves, car même si c’est flatteur lorsque vous jouez tout seul, cela risque de brouiller l’écoute du couple pied/basse surtout si vous jouez en son saturé ; à l’inverse, tout miser sur les aigus vous fait entrer en compétition avec les cymbales et il y a de fortes chances que vous perdiez. De même, attention au volume : un guitariste qui joue trop fort en trio donne souvent l’impression de jouer tout seul, et si on peut le tolérer d’un SRV ou d’un Jimi Hendrix parce qu’ils jouaient vraiment bien, qu’en est-il à votre propos ?

Metallica - source www.metallicamp.de

Avec un autre guitariste

Ici s’ajoute le fait que vous êtes deux à occuper le même créneau. Il va donc falloir jouer la complémentarité. Dans le son tout d’abord, et là plusieurs possibilités : soit cela vient tout seul, soit cela se travaille. Si vous jouez sur une Les Paul avec un ampli Marshall tandis que l’autre guitariste affectionne sa Telecaster sur un Vox, une partie du chemin est déjà fait. Même chose si l’un de vous aime jouer en son clair et l’autre en son saturé. Si les choses ne sont pas si idéalement partagées, il va falloir travailler la complémentarité. Pour cela, définir la personnalité de chacun de vous est un bon point de départ. Le meilleur moyen d’y arriver et d’échanger vos guitares et vos sets. Vous constaterez lors que vous n’avez pas plus le même son que lui sur son matériel qu’il n’a le même son que vous sur votre matériel. Cela devrait vous permettre de définir les traits irréductibles de la " personnalité guitaristique " de chacun de vous. À partir de cette base, vous pourrez tracer les contours du territoire de chacun et les intersections éventuelles. J’ai moi-même expérimenté cette approche avec Eric Sauviat guitariste à la signature sonore affirmée : lorsque je joue avec lui j’utilise une égalisation beaucoup plus médium, accentuant une tendance qui m’est déjà naturelle par rapport à lui, de manière à occuper un espace qu’il laisse relativement libre. Accessoirement, cela présente l’avantage de générer un véritable mur du son (hé hé) lorsque nous jouons le même riff. Bien sûr, cette recherche de complémentarité doit se poursuivre dans l’élaboration des parties jouées par chacun.

Deep purple

Avec un clavier

Le clavier c’est un peu le prédateur tous azimuts : capable de jouer des notes aussi graves que la basse, aussi médiums et saturées que la guitare, aussi aiguës que la plus aiguë des cymbales, et ce, sans même parler des sampleurs. Heureusement, ce sont souvent des gens raisonnables qui ont conscience de l’étendue du registre de leur instrument. L’idéal pour le guitariste est donc d’observer morceau par morceau les caractéristiques (attaques, volume, tessiture, taux de modulation, taux de saturation) des sons utilisés par le clavier, et de tâcher de s’en démarquer autant que faire se peut. Encore une fois il s’agit d’occuper les parcelles de territoire laissées libres par l’autre, même si cela peut sembler un peu plus difficile avec un clavier.

Effets

Vous l’avez compris, le sens de cette recherche et d’éviter au maximum les affrontements et les redondances sonores, et cela passe aussi par l’utilisation raisonnée des effets. Si vous êtes deux à utiliser des sons saturés, différenciez-les tant par l’égalisation que par les taux employés. Evitez d’être plusieurs à utiliser en même temps chorus et autres effets de modulation à moins d’en avoir très précisément défini les paramètres. Autrement, les différents effets risquent d’entrer en conflit, et le chanteur ou l’auditeur risque d’entendre le tout sonner carrément faux. De même, accordez-vous sur les temps de delay, en vous calant par exemple sur différentes subdivisions du tempo. Enfin, soyez particulièrement vigilants si vous utilisez une reverb car il n’y a rien de tel qu’une reverb mal paramétrée pour se rendre inaudible dans le mix . Quoi qu’il en soit, évitez l’utilisation simultanée d’effets trop proches et n’hésitez pas à passer du temps à réfléchir ensemble sur les réglages respectifs de chacun.

Au premier abord, ce qui précède peut paraître frustrant car on semble passer son temps à faire des concessions, à se contenter de la place qui nous est laissée. C’est oublier que jouer en groupe consiste aussi à faire passer l’intérêt du tout avant sa satisfaction personnelle même si la plupart du temps il est assez facile de conjuguer les deux. De plus, si chacun des membres du groupe se met dans cet état d’esprit, cette recherche peut devenir passionnante et éviter bien des conflits inutiles et autres manifestations d’égo mal placé.

 

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