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Andy Timmons

Groove or die !

D 27 décembre 2015     H 11:51     A Judge Fredd    


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Andy Timmons fait partie de ces guitaristes aussi modestes que talentueux, alliant grosse technique et gros feeling, le tout avec un grand sens musical. Bref, les bonnes raisons d’aller parler de tout ça avec lui lors de son passage à Paris pour une master class Ibanez ne manquaient pas.

En route donc pour un petit rig rundown et quelques considérations du maître sur la technique, la musique, sa carrière, ses collaborations etc.

Bon ben allons-y, commençons par les mediators…
C’est parti, c’est la composante de mon son que j’utilise depuis le plus longtemps. Depuis 1984 pour être exact, mes mediators sont des Jim Dunlop Tortex H3, d’une épaisseur de 1.14 mm je crois. J’ai vraiment développé mon jeu autour de ce mediator ; ce n’est pas celui qui sonne le mieux mais c’est celui qui m’offre le plus de précision et de contrôle. J’aime aussi le Jazz III qu’Eric Johnson utilise ou les Fender medium qui sonnent bien également.

Et tu joues aux doigts aussi ?
Oui parfois, de toute façon si tu regardes l’usure de l’ongle de mon index droit, tu verras qu’en fait je joue toujours avec (rires). Mon attaque, c’est l’addition de cet ongle et du mediator. Mais oui, je mixe parfois mediator et jeu aux doigts. Pour ce qui est des cordes, je joue sur des D’Addario EXL 110, des 010/046 standard.

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Passons à la guitare…
Cette guitare a 21 ans, c’est le prototype qu’Ibanez a construit lorsque nous avons travaillé sur mon modèle signature. J’aime beaucoup le manche maple car il me permet une plus grande intimité avec mon instrument.

Peux-tu parler de la config micros ?
Ce sont des Di Marzio. Moi j’aime avoir un double en aigu pour envoyer ce qu’il faut quand il faut, mais j’ai aussi besoin de sons plus fins, plus délicats et un de mes amis chez Ibanez m’a recommandé les Cruizer. On les a installés sur le prototype et je les ai gardés depuis.

C’est étonnant comme ils sonnent strat…
Oui mais c’est un peu différent, ils ont leur propre personnalité et en même temps ils s’inscrivent dans une tradition comme toute la guitare d’ailleurs. Je suis un grand fan de la Stratocaster mais je ne pourrais pas jouer ce que je joue sur une strat. L’AT est dans cette lignée, mais elle est plus adaptée à mon style.

Pas de Floyd Rose ?
Non j’en ai eu dans les années 80…

Comme tout le monde…

Exactement ! Mais le truc c’est que je ne me suis jamais vraiment senti stable et confiant avec un Floyd. T’es toujours là à pas attaquer trop fort ou éviter d’appuyer ta main dessus parce que c’est flottant et, à un moment, j’ai voulu revenir à quelque chose de plus classique, plaqué sur le corps : quand je fais un tiré, j’ai pas besoin de compenser, de faire attention, je fais mon tiré tranquille et en plus je ne me désaccorde pas trop sur la longueur donc… Cela dit, j’en ai une blanche sur laquelle j’ai réglé le vibrato légèrement flottant comme Jeff Beck parce que c’est vrai que ça ouvre tout un éventail supplémentaire.

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Les différences avec la Premium sortie récemment ?
Disons qu’étant jeune, je n’aimais pas quand j’allais voir un guitariste qui avait un modèle signature, m’apercevoir que la guitare qu’il utilisait vraiment était très différente de celle qu’on vendait dans le commerce. Donc j’ai dit à Ibanez : « Ok pour faire une Premium en Indonésie, mais elle devra être identique à la mienne car je veux être honnête vis-à-vis de mes fans, je n’ai pas envie qu’ils soient déçus s’ils achètent une AT10 ». Ils sont revenus avec une guitare fabriquée là-bas et, franchement, j’ai été très heureusement surpris du niveau de qualité de cet instrument. Pourtant, j’étais sceptique au départ, mais il n’y avait rien à redire. Le manche est le même, les micros sont les mêmes, ils ont changé les mécaniques et le bridge c’est tout. Ah si, il y a deux tonalités alors que j’ai deux volumes. Du coup, même si plus tard, tu veux upgrader la guitare pour avoir exactement le même équipement que sur la mienne, ça ne te coûtera pas très cher. Je suis très fier de cette guitare, très satisfait de la relation que j’ai avec tous les membres de l’équipe Ibanez.
Voir le banc d’essai de l’AT-10 Premium

Tu es plutôt fidèle avec les marques d’ailleurs…
Quand j’accepte un endorsement, j’ai besoin de bien m’entendre avec les gens. Ca fait vraiment une grosse différence pour moi, j’ai besoin d’être en phase. C’est comme ça aussi avec Mesa Boogie : ce sont des gens qui mettent beaucoup de soin à ce qu’ils font, c’est plus important pour eux que l’aspect financier. Bien sûr, on doit tous gagner notre vie, mais il est important de pouvoir être fier de son boulot.

Pas de sans fil ?
Non j’ai toujours préféré les jacks. J’ai essayé des systèmes sans fil, il y a longtemps, et je trouvais qu’ils altéraient toujours le signal. Et puis tu sais, je ne cours plus sur scène comme je le faisais avant. Je joue là où je suis (rires).

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Tu as un pedalboard assez fourni et j’ai une question : il est dans son état habituel ou est-ce qu’il est un peu « en vrac » là ?
C’est juste que j’essaie une nouvelle pédale, celle qui pend en dehors. Ce pedalboard est l’œuvre de Daniel Steinhardt, le gars qui a inventé le GigRig G2 là au centre. Il est venu me voir il y a deux jours en Angleterre ou je faisais une master class et a vérifié le tout, donc le pedalboard est plutôt en bonne forme là…

Ok ça marche comment ?
Toutes les pédales sont connectées au G2 à part la wah Xotic qui est positionnée en amont. Ensuite ça part dans le G2 avec lequel je peux appeler à peu près n’importe quelle combinaison de pédales et, quand je « double clique » sur n’importe quel patch, ça bypasse directement sur mon accordeur, un Sonic Research, vraiment celui que je préfère car c’est le plus précis.

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Du coup, parlons de tes patches.
Sur les sons clairs, j’utilise toujours pas mal de compression parce que, derrière, j’attaque le Lonestar : c’est un ampli qui réagit vraiment bien aux pédales et qui le fait différemment suivant la force du signal que tu lui envoies. J’ai mon compresseur signature Carl Martin qui est en action la majorité du temps et qui l’est toujours sur les sons clairs, où je l’utilise principalement comme un boost. Il a deux canaux parce que j’aime avoir d’un côté le boost dont je parlais et de l’autre une compression plus vintage. Une autre pédale dont je me sers énormément sur les sons clairs, la Keeley Blues Driver que j’emploie comme je le ferais du canal saturé de mon Stilletto. Elle produit pas mal de distorsion mais je l’aime surtout sur mon micro grave pour des sons clairs. Il suffit que je descende un peu le volume de mon micro manche et j’obtiens tout de suite ce superbe son cristallin, celui de l’intro de Gone ou celui de The Prayer The Answer ou She’s Leaving Home, c’est ce son là.
Ensuite, pour les sons saturés j’ai maintenant cette superbe AT la toute nouvelle pédale signature que JHS m’a concoctée.

Une autre pédale signature ?
Oui, il y a deux ans à peu près j’ai acheté un overdrive Angry Charly dans un magasin près de chez moi qui fait pas mal de matériel boutique. Et ça faisait longtemps que je n’avais pas autant apprécié une pédale d’effet. L’idée c’était d’avoir une saturation différente de celle de mon Stiletto et de pouvoir le remplacer quand je n’en avais pas. Je me suis retrouvé deux ou trois fois à jouer sur des amplis autres que les miens et ça sonnait super bien, j’avais toujours cette articulation, cette réponse immédiate à mon jeu. Ensuite, j’ai rencontré le staff de JHS et on a mis au point une petite modif : sur l’AT, tu as trois modes qui recréent la réponse d’amplis 25W, 50W et 100W et ça donne vraiment des choses différentes, 25W est très compressé, 50W, c’est ma préférée, avec de la compression mais aussi un côté ouvert et 100W, là tu as plus de headroom.
Quel que soit le patch, la Strymon Timeline est toujours en fonction. J’ai beaucoup travaillé dessus pour arriver à quelque chose de comparable au Memory Man qui est mon écho favori, mais avec lequel il est difficile de voyager (la maintenance etc.), surtout que j’en utilise deux. Et je ne pensais pas trouver quelque chose qui sonne aussi bien avec des pédales numériques. Mais là… J’ai passé pas mal de temps à comparer mon preset avec les vrais et je dirais que j’y suis à 94.5% du point de vue son. Bien sûr, question fiabilité, c’est incomparable et si tu ajoutes le Tap Tempo et la pédale d’expression Dunlop qui me permet de contrôler instantanément le volume des répétitions, le choix est évident.
J’ai aussi une ou deux pédales GNI, une marque brésilienne, j’aime beaucoup leur chorus analogique stéréo qui a deux modes : tu as deux chorus au bout du pied, par exemple tu peux t’en faire un léger et un autre plus marqué limite faux. L’intérêt aussi c’est qu’elle a un volume pour ne pas perdre en niveau quand tu enclenches la pédale. Ils font aussi cette Octa Fuzz qui envoie de très beaux sons fuzz à la Hendrix façon Octavia.

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Je vois quand même que sur ton pedalboard certaines pédales sont moins accessibles que d’autres.
On a mis au premier rang celles que je suis le plus amené à éventuellement manipuler. Pour être très franc, comme je voyage beaucoup on a aussi conçu ce pedalboard pour répondre aux exigences des compagnies aériennes : il devait être compact, peser moins de 23 kg pour ne pas payer des taxes supplémentaires etc., c’est Daniel qui s’est cassé la tête là-dessus. C’est mon sauveur.

Je vois un POG
Oui essentiellement pour obtenir l’octave inférieure, il est couplé avec une fuzz Wampler et les deux se marient bien, là c’est mon TS808 que j’emploie principalement comme Boost sur le canal saturé du Lonestar et la Carbon Copy, elle, me donne un slapback bien tight comme sur l’intro de She’s Leaving Home.

Et la rouge là ?
C’est le proto de la AT, la Angry Charly modifiée. Je l’ai gardé sur le pedalboard parce que ça me permet d’avoir un réglage alternatif.

Et donc la pédale qui pend ?
C’est aussi une JHS, l’Alpine Reverb. J’étais chez Woodbrass tout à l’heure et Julien (Bitoun NDR) m’a fait essayer un ampli Sarge avec cette reverb. Ca sonnait bien donc je lui ai empruntée pour ce soir. C’est pas très joli câblé comme ça, mais bon…

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Le signal sort du pedalboard et se dirige vers… ?
Mon ampli principal depuis dix ans est le Mesa Boogie Lone Star que ce soit en studio, chez moi ou sur scène. J’ai une collection d’amplis vintage mais on ne peut pas les faire voyager et, depuis le temps, j’ai vraiment bâti mon son autour de cet ampli. Comme je l’ai déjà dit il est vraiment pedal friendly et son canal Lead me convient vraiment. Il a suffisamment de gain et n’est ni trop bright ni buzzy, il a de belles basses et j’adore le son de ce canal avec un BB preamp Xotic ou une TS 808 devant. Le son est chantant. J’aime le combiner avec un baffle Rectifier 2x12 équipé de HP Vintage 30 qui se mixent bien avec le Black Shadow du combo.

Et le Stiletto ?
Ils ne le font plus. J’en ai deux exemplaires, j’aime beaucoup cet ampli que j’ai utilisé sur le disque Seargent Peppers par exemple. Il est basé sur le son des vieux Marshall et bon, il n’a pas trouvé son public mais c’est un superbe ampli avec, là aussi, une fiabilité meilleure que ses modèles, je recommande la version Stage 2.

Quand on regarde ta carrière on se rend compte que tu es un guitariste très polyvalent entre Danger Danger, Olivia Newton-John, tes propres titres…
J’écoute et j’aime des tas de musiques différentes ; j’ai grandi comme guitariste de rock mais dès que j’entendais un truc avec de la bonne guitare, ça m’intéressait, je le bossais et, bien que je ne l’aie pas vraiment planifié, j’ai commencé à jouer des tas de trucs différents. Ca t’amène des gigs et plus tu joues plus tu deviens flexible et, de fil en aiguille tu te retrouves musicien pro. Et là, les gens t’appellent pas pour tes solos, ils t’appellent parce que tu sers la musique que tu joues et que tu le fais bien. Ca te donne plein d’opportunités. Après il faut aussi poursuivre sa propre voie parce qu’en définitive, ce que j’aime la plus dans la musique, c’est l’expression personnelle. Mais le fait de faire beaucoup de sessions m’a aussi permis de rencontrer beaucoup de musiciens très talentueux et de vivre de ma musique, d’en faire vivre ma famille, donc indirectement ça m’a aussi permis de mener à bien mes projets personnels. Il y a un équilibre à trouver et à maintenir.

On fait comment ?
Quand je travaillais pour Olivia, je l’ai fait pendant 7ans, je ne travaillais sûrement pas assez sur ma musique parce j’étais concentré sur le travail que j’effectuais pour elle. Mais je ne le regrette pas parce que c’était intéressant, ça me faisait vivre et ça fait partie du voyage qui m’a mené ici et maintenant, où je suis plus heureux que je ne l’ai jamais été. Il faut juste prendre les bons tournants au bon moment. Un jour, j’ai décidé de me consacrer plus à ma musique et actuellement je travaille sur ma musique et celle du groupe avec Simon Philips et c’est tout. Et je me sens vraiment en accord avec tout ce que j’ai fait jusqu’ici.

Je t’ai vu une ou deux fois live et j’ai été frappé par le fait que tu shreddes mais que contrairement à la majorité des shredders tu es capable de t’arrêter d’un coup sur une note de la faire vibrer, durer…
Oui c’est LA note ! (rires) Le problème vient souvent de ce qu’ils ont tellement travaillé dur à monter et descendre des gammes qu’ils oublient la musique. Mais avec un peu de chance, il finissent par se rendre compte que ces gammes ne sont que des outils, certes impressionnants quand tu les maîtrises, mais il faut qu’il y ait de la musique derrière, sinon on s’ennuie assez vite.

Comment as-tu évité ce piège alors ?
Les Beatles sont mon socle, je m’en suis nourri et leur musique n’est que mélodies, chansons. C’est ce qui, à mon sens, a fait le succès de Satriani quand il est apparu : il écrivait des chansons avec des mélodies accrocheuses et de l’énergie, tu l’écoutais et tu te sentais bien. C’est la clef. Et il venait du rock lui aussi, Hendrix, ZZ Top… Il a ouvert la porte à beaucoup de gens.

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Quel conseil donnerais-tu à un débutant ?
Prendre du plaisir, s’amuser à jouer. Si ça n’est que du travail, qu’une lutte contre l’instrument, ce n’est pas bon. Tu sais moi, personne ne m’a jamais obligé à aller jouer de la guitare (rires). D’ailleurs je ne suis pas quelqu’un qui travaille beaucoup la technique. Bien sûr, j’ai travaillé des solos ou des choses que je voyais faire par mes frères aînés par exemple, mais je travaillais surtout des chansons. Il est important de commencer par des chansons, à base d’accords simples au début, et construire à partir de là. Il y a beaucoup d’infos à disposition maintenant avec internet, mais pour nous qui sommes de la génération d’avant internet, notre outil principal était nos oreilles. Et les musiciens n’ont rien de plus précieux que leurs oreilles. Donc prenez des bases auprès de professeurs, de vidéos, de méthodes, mais essayez toujours d’apprendre des morceaux par vous-même. Les oreilles vous permettent de comprendre ce que vous jouez, mais aussi ce que les autres jouent autour de vous, elles vous permettent de comprendre où vous placer en termes de fréquences, de rythme, de mélodies et de vous exprimer. On n’apprend pas à parler en regardant mais en écoutant.

Trouver sa place dans la conversation ?
Oui, nous les guitaristes, on a tendance à penser solos et moi, moi, moi… Mais tu sais un des plus beaux compliments qu’on m’ait faits, vient de Jeff Campitelli, le batteur de Joe Satriani, un soir après un concert du G3 il m’a dit : « Toi tu reviens jouer quand tu veux parce que tu sais jouer rythmique. » (rires) Il y a des situations, par exemple quand tu as Joe et Steve qui jouent devant, où tu n’as pas besoin d’en rajouter, donc soit tu baisses ton volume, soit tu les accompagnes. Il faut vraiment faire ce qui est bon pour le titre avec les personnes avec qui tu joues. Moi ça me va de jouer lead, sur le devant de la scène, mais ça me va aussi de jouer derrière si c’est ce qu’il convient de faire.

Le prochain album ?
Il sortira probablement au printemps 2016, je suis plutôt content des titres on a à peu près les ¾ des titres. Certains seront un peu « Resolution 2 », d’autres sonneront progressif, il y a aussi une ou deux ballades et des titres très orientés guitare. Et je serai de retour en France aussi en 2016 tout seul et, en mai, avec Simon Philips. On se reverra à ce moment-là, ok ?

Sûrement, merci et bonne master class.
Merci.

Merci à Flo Sliwa pour l’organisation.

Portfolio

  • La pédale d'expression Dunlop reliée au Strymon

 

Mots-Clefs

Type d’article
Interview Matoscopie
Musiciens/Groupes
Andy Timmons
Numéro
GX72

 

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