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Dave Mustaine

L’aventurier à la guitare perdue

D 25 avril 2007     H 01:23     A Judge Fredd    


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Dave Mustaine passait à Paris à l’occasion de la sortie du nouvel album de Megadeth, United Abominations, et de celle de son modèle signature Dean. Nous devions la filmer sous toutes ses coutures mais... Fatalitas ! La compagnie aérienne l’a « perdue » en route. M’est avis qu’elle n’est pas perdue pour tout le monde...

C’est un Dave Mustaine fatigué mais très zen et très concerné par la marche du monde qui nous a reçu avec gentillesse, se prêtant consciencieusement à l’exercice.

United abominations

Dans le communiqué de presse qui accompagne sa sortie, il est dit que cet album a pour but de réveiller la communauté metal. Que se passe-t-il, elle dormait ?

Non, non, c’est juste une formule un peu provocante, pour dire « Hey je suis de retour ! », pas du tout pour insinuer que la communauté metal manquerait de quelque chose lorsque je ne suis pas là. C’est juste que je n’ai pas fait ce type de musique depuis un moment déjà, et que je voulais montrer que j’en étais toujours capable.

Il y a aussi une allusion aux rythmiques mises en place par copier/coller, visiblement c’est pas votre truc, vous préférez les prises de son live. Jusqu’où vous passez-vous de ces facilités numériques ?

Il est évident que tout le monde les utilise, ça fait partie du processus d’enregistrement maintenant. Mais quand on en vient à répéter les mêmes deux secondes sur toute la piste, c’est plus un enregistrement, c’est... autre chose...

Vous faites preuve d’une grande précision rythmique surtout compte tenu de la vitesse de certain riffs, y a-t-il une recette ?

Non, faut juste être bon...

Mais vous pratiquez beaucoup ?

Pas tant que ça. Glen adore jouer, moi quand je prends la guitare, je me retrouve invariablement en train de composer des titres, donc je ne joue pas beaucoup car je n’aime pas composer sans enregistrer, et le temps que je trouve de quoi enregistrer, que je m’installe... et merde... j’ai oublié ce que j’avais composé !

Et avec le groupe vous répétez souvent ?

Non, là on ne s’est pas vu depuis plusieurs mois et on va juste répéter deux jours avant de partir en tournée. The song remains the same comme on dit.

Avec Glen Drover

Quel est le line-up du nouveau Megadeth ?

Le guitariste s’appelle Glen Drover et son frère Shawn est à la batterie. Le bassiste est James LoMenzo, ex Black Label Society, c’est leur premier album avec moi, mais il ont tous une expérience musicale conséquente. J’ai constaté très vite que l’album avait beaucoup d’impact sur les gens dès la première écoute car Megadeth n’avait pas fait de musique aussi punchy depuis longtemps. L’énergie est vraiment à haut niveau dans cet album et même si je pense que ceux qui m’ont accompagné par le passé auraient pu faire des morceaux de ce genre, ils n’auraient sûrement pas pu faire ceux-là.

Sur certains titres les parties guitare et les parties chant n’ont pas grand-chose à voir, j’imagine que cela doit demander pas mal de boulot pour la scène ?

Effectivement, ça relève des rapports entre les deux hémisphères du cerveau car vous savez que l’on utilise un côté de notre cerveau pour se rappeler et l’autre pour exécuter. J’ai la chance de pouvoir faire ça, mais ça me demande pas mal de travail, et je n’ai pas vraiment commencé à le faire sur cet album. Cela étant, les prochaines dates que nous avons, au Canada, seront des sets de 45mn, on ne jouera peut-être qu’une ou deux chansons du nouvel album donc... Je ne m’inquiète pas trop sur les répétitions, la préparation, parce que je considère que quand on est prêt à y aller, on est prêt. C’est comme pour le sport : trouver la bonne durée d’échauffement...

Qui est Christina S.?

Christina Scabbia de Lacuna Coils, elle a chanté sur A tout le monde, mais pourquoi as-tu dit Christina S.?

Parce que c’est comme ça qu’elle était mentionnée sur la page internet de présentation de l’album.

(mi sérieux mi goguenard ) Aaah je vois... c’était un secret... et tu m’as eu, bastard !!

(A partir de là l’atmosphère de convenue et polie passe à franchement chaleureuse)

Parlons des paroles et des thèmes de tes chansons, tu sembles en colère ou inquiet de la façon dont le monde évolue... et les U.S.A. en particulier...

Et vous ? Vous n’êtes pas inquiets ? Je pense que tout être civilisé doit se sentir inquiet de la façon dont les choses tournent. Ca n’a pas seulement à voir avec mon pays mais avec la façon dont la politique évolue en général. Washington Is Next ne parle pas de l’administration actuelle, mais de Washington vue comme la Rome moderne et de ce pouvoir mondial qui s’écroule. United Abominations traite des Nations Unies (United Nations en anglais d’où jeu de mots NDR) qui n’ont pas voulu participer à la guerre en Irak qu’elles trouvaient injuste mais qui n’ont pas levé le petit doigt lors du conflit entre Israël et le Liban. Pourtant là aussi c’était injuste. Amerikhastan se situe plus dans la fiction. A la manière de ma série favorite 24 heures, j’adore cette série... Mais encore une fois cs n’est pas une charge contre les U.S.A. Nos deux pays sont en cause nos deux pays ont vendus des armes à Saddam pour qu’il nous garantisse contre l’Iran des mollahs. Et il y a eu retour de flamme, on a pris ça de plein fouet. Et maintenant on vient nous dire que Saddam finalement est lui aussi un bad guy... Quand on étudie un peu l’histoire on se rend compte que tous les gouvernements, même les plus puissants sont finalement tombés à cause d’erreurs, de fourvoiements de ce genre.

Penses-tu justement que des chansons soient à même de faire passer des messages aussi complexes ? N’y a-t-il pas un risque qu’elles soient mal comprises ?

Si je regarde la majorité des chansons de cet album en me posant cette question... oui, bien sûr qu’elles peuvent être mal comprises. Mais je pense que les gens réagiront plus sur des chansons comme Blessed Are The Dead qui parle du livre des révélations dans la bible. Il peuvent bien être choqués tant qu’ils veulent, j’ai déjà écrit sur le sujet dans Diadems sur l’album Tales From The Crypt (B.O.F. Demon Knight NDR) et personne n’y avait rien trouvé à redire à l’époque. Et puis « Oh mon dieu ! Dave est devenu chrétien ! ». Never Walk Alone parle de ce changement dans ma vie et là, tout d’un coup (il prend une voix de demeuré) : « J’veux pas écouter cette chanson, oh non ! ». J’vais quand même pas nier l’existence de Dieu alors que je lui parle tous les jours. De toute façon c’est un truc personnel, on n’a pas à se justifier là-dessus.

D’ailleurs Never Walk Alone peut être comprise autrement, ce pourrait être une chanson d’amour entre un mec et la fille qu’il aime, ce pourrait être la chanson fétiche d’un équipe de football, elle peut s’interpréter de plein de manières et c’est toute la beauté de la musique de pouvoir être interprétée. Quel intérêt aurait une chanson qui n’aurait pas plusieurs sens possibles, à laquelle vous ne pourriez pas donner votre propre interprétation ?

Tu as l’air très concerné par ce qui se passe dans le monde, par les rapports humains dans ton métier et en général. Au point où tu en es tu pourrais tout aussi bien profiter de ce qui t’est offert, tu as de l’argent, tu es célèbre...

Nous sommes tous des êtres humains, il n’y a aucune différence entre nous : quand tu es révolté tu ressens la même chose que moi quand je le suis. Donc, j’ai beau être « célèbre » (il met les guillemets avec ses doigts) j’ai les mêmes problèmes que toi, vraiment... Et je ne joue pas au mec célèbre... si je vais au Mac Do, je ne suis pas du genre à envoyer quelqu’un commander à ma place pendant que je reste caché dans la voiture pour ne pas être reconnu, non... Je fais tourner mes machines de linge de temps en temps, j’ai un gros chien et je sais exactement ce que c’est que de nettoyer ses crottes. Ce sont des exemples un peu bêtes mais ma vie privée ressemble à celle de beaucoup de gens et je crois que ça explique la force du lien que j’ai avec mes fans.

Quand j’ étais jeune, ma mère était serveuse, et nous recevions du gouvernement américain les Food Stamps destinés à aider les gens dans le besoin. On prenait ces papiers, on se rendait au magasin et on donnait le papier en guise de paiement et là les gens nous lançaient des regards qui disaient : « Loosers ».

Pareil quand j’allais chez le dentiste : comme on ne payait rien, on n’avait droit qu’à une certaine dose d’anesthésiant et une fois l’effet passé tant pis pour toi. Je me souviens d’avoir été attaché au fauteuil tellement je hurlais.

Je ne peux pas oublier tout ça, c’est pourquoi même si maintenant je vis dans la « maison au sommet de la colline », je ne me réveille pas le matin en pensant : « OK je vais descendre en soutirer un peu aux gens d’en bas »... Non, je veux être avec les autres tel que je suis et apporter ce que j’ai à apporter.

Rester simple ?

Disons qu’au cours de ma carrière, le succès m’est monté à la tête mais qu’heureusement, ma tête a été tellement dévastée que tout cela est bien fini (sourire). Je suis reconnaissant d’avoir du succès, je suis heureux d’être ce que je suis aujourd’hui, c’est tout.

La pub Dean

Passons à ta Dean signature. Tu as joué sur différentes marques, BC Rich, Jackson, ESP, ta nouvelle guitare est très similaire aux guitares que tu avais chez Jackson et ESP. Pourquoi es-tu passé chez Dean finalement ?

Ces guitares, c’est mon style de guitare : 24 cases, accès faciles aux aigus et j’ai essayé d’autres guitares mais aucune n’avait le sex appeal de la Flyin’ V. A mes débuts j’aimais les BC Rich pour leur look mais elles n’étaient pas très bonnes, on cassait des cordes etc., je suis donc passé chez Jackson et j’y suis resté pendant environ 17 ans. Je m’y sentais bien tant du point de vue artistique que business. Les choses ont changé lors du rachat de Jackson par Fender, j’ai considéré que la nouvelle offre qu’on me faisait était... quasi offensante, compte tenu du passé commun que nous avions avec Jackson et des milliers de guitares que j’avais contribué à faire vendre. J’ai donc rejoint ESP, nous avons eu de bons moments et de moins bons, essentiellement à cause de décisions commerciales discutables, mais je dois dire que les gens d’ESP ont toujours été ok avec moi. Après quelques années, Jackson m’a recontacté. J’y ai mis des conditions et le contrat était en cours de finalisation lorsque Dean a appelé. Je les ai prévenu qu’ils allaient vraiment devoir me proposer un contrat de dingue pour avoir une chance de m’accrocher et ils ont répondu : « D’accord ! ». Ils m’ont envoyé une ou deux guitares, j’ai pu apprécier leur fantastique savoir-faire, les bois étaient extraordinaires, du genre de ceux qu’on choisirait pour une acoustique à 5000 $ ! Et là, j’ai commencé à considérer la chose très sérieusement.

J’ai donc posé une dernière condition à propos de la crosse : je la voulais avec les six mécaniques en ligne et pas 3+3 comme sur leur crosse habituelle. Ca fait 20 ans que je joue avec ce type de crosse et en cas de problème d’accordage ou autre j’ai mes automatismes et je n’ai pas envie d’en changer. Ils ont accepté et voilà... je me sens à la maison (rires).

Tout a été génial depuis sauf qu’une des deux guitares a décidé de faire son propre tour d’Europe, sans moi... (sourire)

Sur le site Dean, on indique que la guitare a une table érable, qu’y a-t-il dessous ?

Je crois que c’est un corps tout érable en fait.

Concernant le diapason de 25.5 un peu plus long que ce qui fait sur les guitares d’obédience Gibson, c’est voulu ?

Non je voulais juste une 24 cases, j’ai toujours aimé ça, ne serait-ce que pour me démarquer de tous les « chickens » qui jouent sur 22 cases.

Un mot sur les micros Mustaine signature ?

Ce sont des Seymour Duncan, j’utilise ces micros depuis longtemps, j’ai beaucoup de respect pour cette entreprise et pour ses produits. Je leur ai demandé quelque chose comme un Jeff Beck qui irait « jusqu’à 11 » (cf. Spinal Tap NDR) et c’est ce que j’ai eu. Pour qui est habitué aux micros que j’avais sur les Jackson et sur les ESP c’est le même mais qui va jusqu’à 11 !

Le manche est entouré d’un binding, tu préfères ça ?

J’ai eu ça chez Jackson, je n’en avais pas chez ESP je crois, mais oui, j’aime le binding autour du manche en général. Cela dit, certaines guitares n’en ont pas besoin et sont super à jouer sans binding.

Combien de guitares possèdes-tu ?

Je ne sais pas... disons plus de 50 mais moins de 100.

Recommanderais-tu un matériel pour jouer du metal ?

Oui un des trucs le plus intéressant que j’ai est le Rocktron Prophesy, c’est vraiment très bien pour les sonorités que je recherche. Beaucoup de sons de l’album viennent de lui et d’un ampli custom que Line6 m’a fait.

Ce Line6 préfigure-t-il un modèle signature ?

J’aimerais bien mais il y a peu de chances que ça se fasse.

Merci M.Mustaine...

Merci à vous.

Le Judge avec le Dave yeah!!!
Photo Anna B.

Visitez la page consacrée à Dave Mustaine sur le site Dean Guitars

 

Mots-Clefs

Type d’article
Interview
Musiciens/Groupes
Dave Mustaine Megadeth
Marques
Dean
Numéro
GX20

 

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